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La mort politique du prix Nobel

Jeudi 9 août 2018, le nouveau président colombien, Yvan Duque, prenait officiellement poste. L’heure de faire le bilan sur les deux mandats du président sortant, Juan Manuel Santos, gagnant du prix Nobel de la paix pour sa volonté de rétablir la paix dans un pays déchiré par des guerres intestines depuis plus de 50 ans.

L’ancien président de la République, Juan Manuel Santos, est sorti avec 15% de cote de popularité : la pire de l’histoire politique colombienne. Ce groupe réduit lui tourne aujourd’hui le dos, au moment de son départ. Une mort politique.

Or, bon nombre de personnes se demanderont pourquoi un Prix Nobel de la paix est décerné à une personne défaite aux urnes, sans capital politique, et qui jouit d’une image considérablement négative.

Les ministres du président étaient son pire choix puisqu’ils ont, tout comme lui, eu les pires cotes de popularité et les pires résultats économiques. La plupart de ces derniers comparaissent aujourd’hui devant les tribunaux pour des irrégularités financières.

Toutefois, ils sont protégés par une justice faite par des criminels, avec lesquels le gouvernement sortant a conçu une division spéciale (JEP) pour ne pas payer une seule journée de prison et ainsi les amener au Congrès de la République, déstabilisant le cadre constitutionnel.

Les scandales auxquels le président Santos est actuellement confronté avec les pots-de-vin de la multinationale Odebrech n’ont à ce jour pas progressé, étant donné que ce dernier a échappé aux convocations et citations du Conseil national des élections.

Santos a aussi ignoré sa défaite colossale aux urnes suite au référendum pour la paix et a malgré tout signé le texte par la force.

Il a contribué à l’augmentation des cultures de coca pour les amener à leur apogée dans l’histoire du pays. Aujourd’hui, la Colombie dispose de plus de 209 000 hectares de coca.

Il a également persécuté les journalistes qui avaient parlé de ces scandales ou avaient manifesté un quelconque mécontentement à l’égard du gouvernement pour ensuite les démettre de leurs fonctions.

En outre, il a approuvé la dictature de Hugo Chavez et de Nicolas Maduro tout comme la fermeture de la frontière avec le Venezuela afin de fermer les yeux sur les insultes du gouvernement Maduro et le traitement inhumain et de ses compatriotes dans ce pays. A l’heure où les Vénézuéliens se réfugient massivement en Colombie…

Son entourage, ses conseillers et même son fils, Martin Santos, qui a bénéficié économiquement de la gouvernance, ont été les promoteurs des résultats avec lesquels Santos délaisse un pays sans rien faire.

L’ex-président Santos part avec un prix Nobel de la paix, un taux de popularité de 15%, sans capital politique, avec des enquêtes judiciaires en cours ainsi qu’un pays en régression et sans voix unique.

Un bilan mitigé donc. Tous les espoirs se tournent maintenant vers le président fraîchement élu, qui n’est pas sans compter un certain nombre de scandales à son actif.

Ronal Flórez
Journaliste politique