[Analyse]
#Société

Spéculation sur un géant du Web

Les investisseurs ont retenu la croissance des résultats d’Amazon après des années de pertes ou de vaches maigres. Mais 89 fois les bénéfices, est-ce raisonnable ?


 La croissance d’Amazon est-elle un mirage économique ?


Après Facebook, c’était au tour d’Amazon d’aller au confessionnal des résultats trimestriels. Amazon est l’un des « A » des FANG (Facebook, Amazon, Netflix et Alphabet-Google), son patron Jeff Bezos est l’homme le plus riche du monde et sa capitalisation frise les 900 milliards de dollars… pour le moment.

Amazon a été qualifié par Bill Bonner de « rivière sans retour ». Pendant des années, l’entreprise restait prisée des investisseurs en ne dégageant que des pertes. Mais, surprise, en cet an de grâce 2018, Amazon arrive enfin à gagner de l’argent : 2,53 milliards de dollars précisément, soit 5,07 $ par action.

Amazon : croissance en 2018

Certes, le chiffre d’affaires (52,9 milliards de dollars) a un peu déçu les attentes mais les investisseurs se sont focalisés sur ces 5 $ par action.

Le chiffre d’affaire annexe – celui qui ne vient pas des commissions sur les produits vendus – provient :

  • des services informatiques hébergés (cloud computing) prodigués aux fournisseurs (6,1 milliards de dollars)
  • des clients qui paient chaque mois pour avoir des expéditions plus rapides ou des abonnements à des contenus musicaux ou vidéo (3,4 milliards de dollars)
  • de la publicité (2,2 milliards de dollars)

Par conséquent, les espérances de croissance de résultats reposent sur moins de 25% du chiffre d’affaires.

En admettant qu’Amazon enchaîne quatre bons trimestres comme celui-ci, cela fera 20,28 $ de résultat par action. Au cours de 1 808 $, Amazon se paie 89 années de bénéfices. Or, en présentant ses résultats du deuxième trimestre, Amazon a déjà prévenu que le troisième trimestre serait un peu moins bon.

Une telle valorisation serait peut-être admissible pour une entreprise de croissance opérant sur un secteur naissant en pleine expansion et qui verrait son chiffre d’affaires décupler dans un laps de temps très bref.

Mais Amazon, cotée depuis 1998, n’est pas une perdrix de l’année, loin de là.

La caractéristique des bulles, c’est que le grotesque semble normal.

Simone Wapler
Rédactrice en chef des Publications Agora
Son site : la-chronique-agora.com/categorie/simone-wapler/