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Journaliste et écrivain, Hugo Verlomme a publié une trentaine de livres, documents et romans, consacrés à l’océan, dont le roman fantastique Mermere, devenu culte. Auteur du premier livre sur le surf en France, il est aussi pionnier du voyage en cargo. Il vit près de la plage, où il pratique le bodysurf, et travaille avec sa ville pour faire découvrir le Gouf de Capbreton, qu'il décrit comme « l'un des canyons sous-marins les plus remarquables au monde ». Hugo Verlomme a récemment publié La Piste de l’eau, Itinéraire aquatique et spirituel, aux Éditions Quai des Brunes.
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« Dans l’Océan, l’éphémère devient éternel »


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La Piste de l’eau, Itinéraire aquatique et spirituel, Hugo Verlomme

Sous sa plume, l’eau devient divine. Tantôt « mère », « muse » ou « maîtresse », elle préside aux rencontres qui marquent la vie d’Hugo Verlomme, charrie les merveilles qui inspirent ses livres, exacerbe les émotions qui le transforment. Avec son dernier essai, La Piste de l’eau, Itinéraire aquatique et spirituel, publié aux Éditions Quai des Brunes, cet écrivain nous invite à épouser sa spiritualité océane et à rejoindre la nation sans frontière des watermen.

On savait le bord de mer revigorant : algues et phytoplancton produisent 70 % de l’oxygène que nous respirons, l’air marin est particulièrement pur (62 fois plus d’ions négatifs, fines particules chargées électriquement qui nous rendent moins vulnérables au stress, et 100 fois moins de germes), tandis que le chant des vagues et du vent apaise et détend… Mais voilà que vous nous dépeignez un « océan amniotique », inconnaissable et unique, à l’image d’un « dieu vivant ». Comment en êtes-vous venu à cette spiritualité de l’eau ?

C’est à force de pratiquer l’océan sous diverses formes, et surtout à force d’écrire dessus, de faire des conférences. Mais cette spiritualisation de l’eau est récente chez moi, depuis ces dix dernières années. J’entendais un auteur dire « j’écris pour savoir ce qui se passe après » ; c’est exactement ça. Ce qui m’intéresse en écriture n’est pas d’avoir un plan préétabli, comme l’ont fait des auteurs tels que Georges Simenon, que j’aime beaucoup ; ce qui m’intéresse c’est avant tout de me laisser habiter par le sujet, les personnages, les émotions. La seule boussole qui existe en écriture, c’est l’excitation. Un peu comme dans une rêverie bachelardienne, il faut suivre la piste de l’eau. Ensuite j’applique la fameuse phrase de Jean Cocteau : « Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur ». Je fonctionne de cette façon : je me laisse dépasser par mes propres mystères, puis je deviens orfèvre, artisan, en faisant mon métier d’écrivain, après 35 livres, pour que le texte soit le plus fluide possible.

Donc cette divinisation de l’Océan est également venue au fil de la plume ?

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Oui, un beau jour je me suis retourné sur tout ce que j’ai vécu et écrit autour de l’océan et je me suis rendu compte qu’il a été mon guide, mon but et mon carburant. C’est peut-être l’océan qui m’a permis de traverser les tempêtes de l’existence ! Pour ce qui est de la spiritualité océane, j’en ai parlé au cours de conférences et j’ai vu à quel point cette idée trouvait un écho fort, même lorsque j’ai été en parler aux étudiants de Science Po. Lorsque j’ai fait un TEDx à Bordeaux, j’ai dû focaliser ma réflexion sur un seul point. Si je n’avais qu’une seule grande idée à transmettre à propos de l’océan, quelle serait-elle ? Dès lors, rien ne m’a paru plus important que de faire comprendre la dimension spirituelle, voire divine, de cet élément d’où est née la vie. Cette origine aquatique de la vie est sans doute la seule vérité sur laquelle s’accordent toutes les religions, les sciences ou les philosophies, mais on ne l’a pas assez intégrée. Si l’on accepte que l’eau soit notre matrice originelle, notre mère à tous, animaux ou végétaux, alors nous devrions lui vouer une véritable adoration, tout comme on adore sa propre mère, celle qui nous a mis au monde. Cette prise de conscience ne peut qu’accélérer la motivation des gens à protéger l’océan sous toutes ses formes, souvent plus efficacement que des explications techniques ou écologiques. Protéger l’océan devrait découler du simple bon sens ! On n’explique pas à quelqu’un pourquoi il doit protéger sa mère.

« Au-delà de l’écologie, il devient essentiel, et sans doute plus facile, de réapprendre le sens du sacré dans la nature aux nouvelles générations. Nous devons réapprivoiser la mer, mais aussi la réinventer sur le plan culturel et spirituel, pour mieux la sacraliser et donc la protéger. », p. 114

En effet, on constate que le discours scientifique ne porte pas toujours ses fruits parce qu’il est justement un peu trop froid, voire moralisateur, là où les gens ont besoin d’affect…

Exactement. À ce propos, Philippe Diolé, écrivain et plongeur, qui était la plume de Cousteau, a écrit des livres remarquables. Parmi d’autres phrases extraordinaires, il dit : « Dans l’eau, l’heure des poètes précède même celle des savants. Nous avons besoin de poètes et d’écrivains dans les profondeurs, tout autant que de biologistes et de géologues… ». Et c’est vrai que le capitaine Nemo de Jules Verne a probablement plus fait pour l’Océan que des tas de scientifiques de l’époque. Ce que Cousteau a su très bien faire, c’est raconter des histoires. À la fin de sa vie, il disait : « J’aimerais qu’on se souvienne de moi comme cinéaste, plus que comme océanographe. » La légende Cousteau s’explique par sa passion folle pour le cinéma, qui naît à l’âge de dix ans, lorsque ses parents émigrent aux États-Unis en 1920. C’étaient les débuts du cinéma avec des films comme Naissance d’une Nation (D. W. Griffith, 1915), des films fleuves qui émerveillaient le public. Le jeune Cousteau fut pris dans l’enthousiasme de ce Septième art naissant. C’est aussi aux États-Unis qu’il découvre les joies de l’apnée. Aussi, lorsqu’il revient en Méditerranée, à treize ans, il n’a que deux idées en tête : faire du cinéma avec sa petite caméra Pathé-Baby rapportée d’outre-Atlantique, et plonger dans les eaux de Toulon ou Marseille. Ainsi commence la légende… Cousteau est devenu Cousteau parce qu’il a su raconter des histoires, montrer des films et des images pour faire découvrir le monde sous-marin au grand public, ce qui lui valut même la Palme d’or à Cannes. Mais aujourd’hui son nom est en train de tomber dans l’oubli, en bonne partie à cause des querelles de succession…

Le récent biopic sur sa vie montre en effet que c’est un de ses fils, Philippe, qui l’a poussé à prendre ce virage environnemental, alors qu’au début de sa carrière ses grands voyages étaient financés par des pétroliers.

Oui, mais dans l’après-guerre, on n’avait pas la même vision des choses. On ne peut pas constamment revisiter le passé avec notre vision d’aujourd’hui, et reprocher aux hommes préhistoriques d’avoir tué des mammouths ! J’ai eu la chance d’interviewer Hergé, cela au moment où on l’a traité de colonialiste ou de raciste, ce qui est absurde quand on connaît l’humanité de cet homme, et cela le faisait beaucoup souffrir. De même, Cousteau et son équipe ont parfois agi d’une façon qui serait aujourd’hui apparentée à de la cruauté animale, mais à l’époque, par ignorance, cela ne choquait personne. Cousteau, que j’ai eu l’occasion de rencontrer, n’était peut-être pas un ardent défenseur de l’environnement, mais il a incontestablement été un lanceur d’alerte planétaire pour l’océan et aussi la surpopulation.

En évoquant les travaux de Jacques Benveniste, Luc Montagnier ou Masaru Emoto, vous expliquez que chaque goutte d’eau est vivante, porteuse d’émotions et de mémoire. S’agit-il des micro-organismes qui la constituent ou de la matière liquide en tant que telle ? Pouvez-vous nous en dire plus ?

Il y a quelques années, un grand dossier sur l’eau a été publié dans Le Monde ; les plus grands scientifiques de la planète parlaient de l’eau sous toutes ses formes, expliquant qu’aucune matière au monde n’est aussi protéiforme. Les scientifiques qui l’étudient ont fini par admettre qu’ils ne comprennent pas ce que c’est. C’est le plus grand mystère qui existe : personne n’est capable de définir ce qu’est l’eau. Pour moi c’est la vie ; voilà pourquoi on ne peut la définir. On ne peut pas juste dire « H2O », ni qu’il s’agit d’une molécule de ceci ou de cela… Ce n’est pas aussi simple, ce sont des champs vibratoires, des ondes sans fin, car en mer tout est mouvement ; c’est la seule matière dans laquelle tout bouge et communique perpétuellement.

L’eau est sensible et réactive à son environnement vivant ou naturel, elle est communication pure. L’eau contient la clef de nos origines, elle a donc une mémoire ! Elle est un maître spirituel qui nous montre que tout circule et se mêle sans cesse. On peut aussi se référer aux expériences de l’universitaire Masaru Emoto, montrant que la structure de l’eau se modifie en fonction des émotions qui l’environnent. Cela peut sembler naïf et ce ne sont pas de « vrais » travaux scientifiques, mais peu importe. L’argument consistant à nier quelque chose sous prétexte que ce « n’est pas prouvé scientifiquement » est dénué de sens, d’autant que les questions fondamentales ne trouveront jamais de réponses scientifiques définitives. On voit bien qu’au fil du temps, la science passe son temps à se réécrire et se contredire.

Pour en revenir aux émotions qui nous animent, vous connaissez le principe de la permaculture : on arrive à faire pousser des choses fantastiques dans un petit espace lorsqu’on cultive ensemble des plantes qui se font mutuellement du bien. Ce n’est pas juste une technique de jardinage, c’est avant tout une philosophie de l’existence. Nous fonctionnons comme ça entre êtres humains : si vous êtes bien entouré, que les gens vous respectent et vous apprécient, vous travaillez bien. De toute évidence, nous sommes tous reliés et l’eau en est le symbole. Je pense que c’est un transmetteur, quelque chose comme un logiciel puissance 1 milliard… On découvre aujourd’hui que tout n’est qu’ondes. Les ondes gravitationnelles d’Einstein, qui paraissaient délirantes, sont désormais réhabilitées. Notre monde vivant ne fonctionne que par ondes : sonores, lumineuses, radio, cérébrales, électriques, sismiques, solaires, magnétiques, etc… Nous sommes entourés d’ondes que nous ne voyons pas et qui nous relient, nous traversent, nous bousculent, nous modèlent. Voilà pourquoi je me passionne pour les vagues depuis tant d’années, au point de leur avoir consacré plusieurs livres. Nous étions en mer il y a quelques jours et nous regardions les dauphins filer sous l’eau sans faire de mouvement. Je suis sûr qu’ils passent leur temps à surfer des vagues sous-marines invisibles, à les utiliser comme un oiseau utilise les courants aériens. Récemment, grâce à une balise, on a pu suivre un condor sur 160 km sans qu’il batte des ailes une seule fois ! Cela montre bien qu’ils ont une perception des courants, des vagues et des vents qui va au-delà d’une simple sensibilité accrue. Peut-être pouvons-nous faire pareil avec la pensée, les ondes cérébrales…

« L’océan est une machine à voyager dans le temps. Il nous connecte avec le passé et le présent. L’ingrédient secret, c’est l’eau elle-même, omniprésente dans notre biosphère et dans toutes les formes de vie. », p. 14

Vous avez évoqué l’homéopathie, ce qui fait écho à de récents travaux sur les bienfaits des mers françaises. Nos spécialistes des thérapies marines conseillent désormais à leurs patients l’Atlantique, la Manche ou la Méditerranée en fonction de leurs maux1… Finalement, vous parlez d’un seul Océan, mais ne croyez-vous pas que chaque mer, de par sa concentration en sel, sa faune et sa flore, son climat, le tout combiné aux côtes et au terroir qui la jouxtent, influe de manière particulière sur les humains qui la côtoient ?

Oui, je suis tout à fait d’accord. La Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Pacifique Sud, etc. ne sont pas du tout les mêmes écosystèmes. Cependant, aujourd’hui, tous les amoureux de l’Océan forment un mouvement dont je discutais avec Jacques Perrin, qui n’a qu’un regret : celui d’avoir appelé son film Océans (2009) avec un « s »… Comme il le montre si bien, il n’y a qu’un océan. Cela peut sembler purement symbolique, mais si l’on comprend en son for intérieur qu’il n’y a qu’un seul océan, alors on comprend la nature de l’eau – à savoir le lien universel qui unit tout ce qui vit.

Propos recueillis par Alexandra Nicolas

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