[Analyse]
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Le premier culte monothéiste de l’Histoire

Il a fondé un culte monothéiste dont les valeurs imprègnent encore les religions du Livre. A l’origine, le fameux Akhenaton (1353-1337 avant notre ère) s’appelait Amenhotep III (Amenhophis en grec), ce qui signifie « Amon est en paix », « Amon est satisfait », ou encore « le profitable au disque ». Cet homme descend d’Amenhotep III, un grand pharaon ; le meilleur de la XVIIIe dynastie. A cette époque, l’Empire égyptien s’étend de l’actuel Soudan à l’actuel Arménie.


Qui est Akhenaton ?
Quel héritage nous a-t-il laissé ?


Contrer des prêtres trop puissants

Sous le règne d’Amenhotep III, comme toujours dans les civilisations anciennes, plusieurs divinités sont révérées. La divinité la plus forte est Amon, qui domine tout le pays. Associé au dieu solaire Rê, il devient Amon-Rê, créateur de l’univers. Les divinités majeures du monde antique ont souvent un lien avec le soleil. Amon est donc l’équivalent du Zeus grec et du Jupiter romain. Etymologiquement, il inspire le « Amen » rituel prononcé par les chrétiens à la fin de leur prière (qui a son pendant juif, shalom, et musulman, salam).

C’est dans la ville de Ouaset, « La puissante », appelée Thèbes par les Grecs anciens (actuelle Louxor), qu’est né Amenhotep IV. Cette ville abrite l’un des plus grands temples dédiés à Amon. Seulement, à cette époque, les prêtres d’Amon ont beaucoup de pouvoir et profitent de leurs fonctions… Même le pharaon est parfois empêché de diriger le pays comme il l’entend. Amenhotep III et son fils tombent alors d’accord pour limiter les pouvoirs des prêtres, restaurer le pays et ainsi améliorer l’image de la religion.

Amenhotep accède au pouvoir à la mort de son père ; il a alors 15 ou 17 ans, selon les sources. C’est à la fois un grand philosophe, un mystique et un poète. Les affaires de l’Etat ne l’intéressent guère. Il préfère se consacrer à la spiritualité.

Sa femme, Néféré Frouaten (« Belle est la déesse d’Aton), exerce le pouvoir avec lui. Plus connue sous le surnom de Néfertiti, elle a laissé un splendide buste à la postérité, désormais exposé au Neues Museum de Berlin – le gouvernement égyptien actuel voudrait d’ailleurs le récupérer…

L'épouse du pharaon Akhenaton

Très vite, le couple va entièrement se consacrer à la vie spirituelle et Amenhotep délègue alors ses pouvoirs à ses vizirs (équivalent de nos ministres). Le plus important d’entre eux est Aÿ. On le connaît grâce à son tombeau, dont les parois arborent une prière gravée sur 13 colonnes. Sur le plan temporel, Amenhotep agit cependant pour limiter les pouvoirs des prêtres d’Amon et imposer un nouveau culte : le culte d’Aton.

Vénérer le soleil

L’idée d’une nouvelle religion lui est venue grâce à sa mère, Tiyi. Cette dame très cultivée appartient au culte d’Aton, dieu célébré dans la cité sacrée de On, ville du delta du Nil d’où elle est originaire, au Nord de l’Egypte. On est plus connue sous le nom grec d’Héliopolis (« La cité du soleil »). Tiyi s’occupe de l’éducation matérielle et spirituelle de son fils. Elle a donc joué un rôle important dans son élévation spirituelle.

Depuis son enfance, Amenhotep est attiré par le soleil, dont il admire les rayons au lever et au coucher. Ce spectacle quotidien le convainc que nulle divinité ne surpasse Aton, le disque solaire. La nuit, la vie semble presque morte ; un combat terrible se joue entre les forces du bien et les forces du mal… au terme duquel le soleil sort victorieux au petit matin. Aton protège cependant les habitants des voleurs et autres périls nocturnes. Si Amon est quant à lui le soleil entier, aux yeux d’Amenhotep, la source et le pouvoir du soleil résident dans le disque même.

Donner un nouveau visage à l’Egypte

Le nouveau pharaon entreprend donc de modifier les bas-reliefs de tous les temples. Ceux-ci sont parés de disques solaires aux rayons prolongés de mains tenant la croix ankh (croix de vie). Il se met également en scène avec sa femme Néfertiti : le couple est souvent représenté en train de faire des offrandes à leur dieu. Même les images du naguère tout puissant Amon sont effacées au profit d’Aton. Nulle façade ou obélisque n’est épargnée, ce qui ne manque pas de provoquer le courroux des prêtres d’Amon.

C’est pendant la sixième année de son règne qu’Amenhotep IV choisit de changer son nom en Akhénaton, « le serviteur d’Aton ». Il décide également d’abandonner la capitale thébaine au profit d’une ville qu’il a fondée ex nihilo, comme le fera Constantin en son temps. Akhetaton, « L’Horizon d’Aton », voit le jour. Il s’agit de l’actuelle Tell el-Amarna, dont les ruines sont explorées à l’aube du XIXe siècle.

Akhenaton inaugure ainsi le premier monothéisme de l’Histoire. Il parle d’un seul Dieu et nie l’existence des autres divinités, dont il efface jusqu’aux noms. Si chaque ville d’Egypte avait sa divinité poliade, Aton a dès lors vocation à dominer tout le pays. Néanmoins, le pharaon se refuse à employer la force physique pour imposer la nouvelle religion officielle. Il respecte l’intégrité des prêtres d’Amon,

Favoriser l’égalité entre les Hommes

Ce mystique est également l’un des premiers dirigeants à appeler de ses vœux la paix universelle et l’égalité entre les Hommes. A l’époque, les Egyptiens faisaient preuve d’un certain mépris envers les autres peuples, car ils considéraient que les dieux les avaient avantagés en leur donnant le Nil. Akhenaton déclare alors : « Vous êtes fiers avec le Nil, mais il y a un autre Nil dans le ciel [la pluie !] ».

Dans sa prière au soleil, le pharaon met en avant le rôle du soleil sur chaque être vivant, les plantes, les animaux et les Hommes, qui ont tous un rôle à jouer à leur tour. Le soleil est l’énergie créatrice qui produit la vie. Akhenaton proclame alors l’égalité de tous les Hommes devant le soleil. Cela trouvera écho en Jésus-Christ, qui affirme près de 1.400 ans plus tard que le pécheur et l’homme bien sont les mêmes sous le soleil. Ces mots qu’Akhenaton adresse au disque solaire « Tu es dans mon cœur et personne ne te connais excepté ton fils » ont inspiré le psaume 114. Les enseignements d’Akhenaton ont ainsi laissé des traces dans le christianisme et l’islam. En effet, si l’Homme a changé dans le domaine de la raison, son cœur est toujours le même.

A l’issue de ses 17 ou 19 ans de règne, le culte d’Aton disparaît et la cité d’Akhetaton est abandonnée. La culture égyptienne a cependant influencé jusqu’au monde occidental. Si les savants grecs, d’Hérodote à Pythagore, en passant par Platon, voyagent au pays des pharaons et étudient à Alexandrie, forte d’une des bibliothèques les plus riches du monde, les Romains du Haut-Empire seront nombreux à vénérer Isis, pour qui ils élèveront de nombreux temples. Si la fameuse cathédrale Notre-Dame a été bâtie sur un sanctuaire dédié à Jupiter, l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés a été construite sur un temple dédié à la déesse égyptienne

Samir Megally

Prière d'un pharaon à Aton

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