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La débauche d’Aphrodite

« Le seul moyen de se délivrer d’une tentation, c’est d’y céder. Résistez et votre âme se rend malade à force de languir ce qu’elle s’interdit. », Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray

Qui n’a jamais admiré la puissance, la vélocité et l’imprévisibilité d’un animal sauvage ? Le lion, le serpent et le requin ont cela en commun qu’ils nous fascinent au moins autant qu’ils nous effraient. Évoluer aux côtés du Grand blanc ou plonger parmi des dizaines de requins marteaux, c’est pourtant frôler le danger sans le craindre. Car la plupart des plongeurs amateurs de squales vous assureront qu’ils se sont rarement sentis si apaisés qu’au milieu de ces seigneurs des mers ; ces créatures fantastiques qui peuvent vous déchiqueter en un instant et n’en font rien… Le tempérament de fait inoffensif de ces animaux redoutables décuple leur attrait. Celui qui nous impressionne en vient à nous émouvoir. Mais si sa férocité apparente donne du prix à son caractère placide, c’est bien la perspective d’une danse avec la mort qui nous captive.

Cette même combinaison du sentiment d’abandon et de prise de risque ne rend-elle pas particulièrement exaltante les emportements de l’homme qui nous a séduite ? Savoir que sa véhémence pourrait tout obtenir et qu’il se refuse à la convoquer. Alors survient, pour elle, le goût du danger jusqu’à la perversité ; sentir que sa vie-même est en jeu quand la main adverse sert son cou… Pour lui, l’excitation sadique de savoir plus ou moins consciemment qu’il pourrait mettre en péril l’intégrité de sa partenaire en serrant davantage. Et ce qui est beau dans cette union sensuelle, c’est la confiance qu’elle voue dans celui qui peut la broyer et la douceur qui se mêle soudain à la vigueur de celui qui l’aime.

De la séduction à l’acte charnel, le rapport amoureux participe d’un jeu de domination. Si les rôles sont interchangeables à l’infini, ils n’en demeurent pas moins récurrents. En dépit des multiples attaques perpétrées contre cette lecture binaire du délassement sexuelle (justifiée lorsqu’elle entend relativiser une répartition péremptoire et genrée de ces rôles), la domination et l’abandon s’évertuent à exciter le désir. Sont-ils les cariatides d’un passé agonisant qu’il faut à jamais enterrer ? Si tel était le cas, pourquoi cet engouement des sociétés les plus libertaires pour les actes BDSM ? Engouement de certaines minorités, me direz-vous. Mais quid du best-seller Cinquante nuances de grey ? L’enthousiasme et la controverse que ce roman a déclenchés témoignent de l’érogénéité de la domination, et a fortiori du rapport ambivalent que nous entretenons à la perversion. Ça me choque, mais je lis ; ça me dégoûte mais je regarde… Les succès de l’horreur (qui s’insinue jusque dans les séries policières les plus anodines, de la découverte des cadavres au récit du mode opératoire du tueur) et du porno ne sont que les marques les plus évidentes de ce voyeurisme pernicieux qui nous agite.

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Conscients de la porosité entre répulsion et fascination, les Grecs de l’Antiquité mettaient en scène les actes les plus sordides dans leurs tragédies1 pour mieux assainir la société de ses pulsions dévoyées. La « catharsis » n’exorcise cependant qu’une part de ces penchants inavoués, et la chambre à coucher fait voler en éclats la routine policée qui nous enjoint de prêter mille attentions à nos paroles et actions. Notre raison embrasse volontiers les idéaux d’égalité et de parité, mais ces principes tempérés ne stimulent guère notre désir. Vient l’instant torride où la raison s’effondre ; la catharsis se brise et les intentions châtiées le cèdent au tumulte des transports et des émotions. Les instincts les plus indicibles, les plus sauvages prennent le relai. Selon la sensibilité, diverses nuances de perversion triomphent. Il prend plaisir à faire souffrir ou à se laisser humilier. À un degré moindre, alors qu’elle se revendique autonome, indépendante voire dominatrice, elle soupire avec délice quand il la jette sur le lit. Elle aime se sentir immobilisée par son poids, sentir sa main s’appesantir sur sa nuque. S’en trouve-t-elle moins libre ?

Le sulfureux baiser volé est-il le sceau de la « culture du viol » ? Où placer la frontière entre spontanéité, caractère entreprenant et déni du consentement ? Un partenaire soucieux de toujours demander la permission avant de nous toucher génèrerait-il autant de fantasmes que celui qui miserait sans remords sur la parenthèse d’un alanguissement commun ? Doit-on jeter l’anathème sur la surprise et l’interdit ?

D’aucuns se posent ces questions, quand d’autres jouissent.

Parysatis Andrieu


1. Dans La Poétique, Aristote définit la tragédie comme « l’imitation d’une action de caractère élevé et complète, […] faite par un personnage en action et non au moyen d’un récit, et qui, suscitant pitié et crainte, opère la catharsis [« purgation »] propre à de pareilles émotions ».

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