[Tribune]
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43% des Français supportent l’intégralité de l’impôt sur le revenu

À l’heure où de nombreuses voix s’élèvent pour plus de justice fiscale, il est un chiffre bon à rappeler : moins de la moitié des Français (43%) supporte à elle seule l’intégralité de l’impôt sur le revenu.

Principaux concernés ? Toutes celles et ceux qui ne sont pas suffisamment “pauvres” pour pouvoir être exemptés d’impôt et pas suffisamment “riches” pour pouvoir faire de l’optimisation fiscale. En résumé tous les contribuables qui paient l’impôt sur le revenu dans son intégralité sans bénéficier, pour la plupart d’entre eux, de niches fiscales ou autres allègements de taxes. Ces Français silencieux et désabusés subissent la pression fiscale et ont cessé de croire au Père Noël depuis qu’ils ont compris que les cadeaux accordés par Bercy ne les concernaient pas.

Dans le meilleur des cas, ils ne gagnent rien. Mais la plupart du temps, ils ont l’intime conviction de passer pour des vaches à lait. « On trouve pêle-mêle dedans les retraités qui perçoivent plus de 2000€ de pensions, les salariés du privé qui gagnent plus de 3 500 ou 4 000€, les entrepreneurs, les professions libérales. Les nouveaux ‘salauds’ » résume l’essayiste Marc Fiorentino sur son blog MonFinancier.com.

Depuis son élection, le président Macron n’a eu de cesse de faire des cadeaux aux hyper-riches avec la suppression de l’ISF ou bien la flat tax à 30% sur les revenus du capital. La pression de la rue l’a également conduit à consentir des gestes à l’égard des plus modestes : revalorisation du Smic, prime d’activité, annulation de la CSG pour 30% des retraités, suppression de la taxe d’habitation, chèque énergie, doublement de la prime à la conversion pour l’achat d’un véhicule neuf ou d’occasion…

Des mesures systématiquement assorties d’un plafond de revenus faisant que la majorité des Français n’y ont pas droit. C’est là tout le paradoxe : les contribuables qui paient l’impôt sur le revenu – et donc participent le plus au bon fonctionnement des institutions et des infrastructures du pays – sont dans le même temps ceux qui bénéficient le moins de contreparties de la part de l’Etat.

Des cadeaux qui n’en sont pas

Certes, les défenseurs de la politique de Macron ne manqueront pas de rappeler que certaines des mesures gouvernementales concernent également les classes moyennes, à commencer par la désocialisation des heures supplémentaires, sauf que cette dernière n’est que la réactivation de la défiscalisation des heures supplémentaires sous la présidence Sarkozy, avec cette fois-ci, l’instauration d’un plafond à 5 000 euros annuels.

Autre mesure phare : la suppression de la cotisation salariale d’assurance chômage qui a permis aux salariés du privé – les fonctionnaires étant passés à la trappe – de voir leur fiche de paie légèrement augmenter. Une augmentation qui, depuis l’instauration du prélèvement à la source, a été grevée par la ponction mensuelle au titre de la CSG non déductible, payée deux fois par les contribuables.

Enfin les pro-Macron ne manqueront pas d’évoquer la mise en place d’une prime exceptionnelle de 1 000 euros réservée aux salariés payés moins de trois fois le Smic. Le fait est que dans les petites et moyennes entreprises, bon nombre de salariés risquent de ne jamais en voir la couleur, leur employeur n’ayant tout simplement pas les moyens de leur verser ladite prime.

« À bas la classe moyenne supérieure »

Suppression des allocations familiales, maintien de la taxe d’habitation, instauration d’une taxe sur les plus-values des résidences principales : les premières pistes d’économies évoquées à travers le Grand Débat voulu par Emmanuel Macron n’augurent rien de bon pour les ménages les plus aisés, ou plutôt devrait-on dire, les moins modestes. Car à force de les pressuriser, il ne leur restera bientôt plus que les yeux pour pleurer.

« Taper sur la seule classe qui ne se plaint pas. La classe moyenne ‘supérieure’. Les aisés’. Parce qu’il y en a plus que de riches ou d’hyper-riches. Parce qu’ils ne manifestent pas », ironise à juste titre Marc Fiorentino. « Sans baisse des dépenses publiques, on passera son temps à prendre dans la poche de l’un pour donner à l’autre, tout en augmentant régulièrement tous les impôts et les taxes ».

Pour mettre un terme définitif à cette injustice fiscale criante, deux solutions seraient envisageables. La première consisterait à faire en sorte que quiconque percevant un revenu paie l’impôt – ne fût-ce qu’une modique somme pour ceux gagnant le moins – ce qui aurait entre autres mérites d’alléger la charge qui incombe à tous les autres. Il faudrait évidemment dans ce cas porter les tranches d’imposition actuellement de cinq à dix, voire à quinze s’il le faut.

Plus radicale, la deuxième solution consisterait purement et simplement à supprimer… l’impôt sur le revenu. Cela aurait pour effet de relancer la consommation et les investissements dans une économie française qui a en bien besoin et faire en sorte que la France ne soit plus le pays le plus taxé au monde comme l’a récemment révélé l’OCDE mais un champion de l’attractivité fiscale ? Un programme qui en vaut bien d’autres, non ?

Véronique Bouzou