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Le pass sanitaire, ou l’ombre d’une dérive autoritaire

« Pour nous protéger et pour notre unité, nous devons aller vers la vaccination de tous les Français car c’est le seul chemin vers le retour à la vie normale. […] Partout, nous aurons la même démarche : reconnaître le civisme et faire porter les restrictions sur les non-vaccinés plutôt que sur tous. […] à partir du début du mois d’août donc, le pass sanitaire s’appliquera dans les cafés, les restaurants, les centres commerciaux, ainsi que dans les hôpitaux, les maisons de retraites, les établissements médico-sociaux mais aussi dans les avions, trains et cars pour les longs trajets. »

Et notre chef d’État d’ajouter qu’il envisage l’extension du pass sanitaire « pour pousser le maximum d’entre vous à aller vous faire vacciner »1.

Parce que nos gouvernants vous prennent pour de vulgaires consommateurs dont les seules préoccupations sont d’ordre matériel. Parce qu’ils croient que vous subirez tout, pourvu que vous vous sentiez libres de vous vautrer dans le confort des plaisirs que les confinements successifs vous avaient ôtés. Mais vous êtes-vous si vite accoutumés à ces restrictions iniques ? N’êtes-vous vraiment que de simples homo consumericus ?

Il y a deux cents ans déjà, Tocqueville dénonçait « cette sorte de servitude réglée, douce et paisible […] à l’ombre même de la souveraineté du peuple ». Ce visionnaire craignait qu’attachés au « goût des jouissances matérielles », les citoyens négligent la sphère publique et se soumettent à un pouvoir fort, pourvu que ce dernier garantisse leur sécurité et leur train de vie2. Et, bien avant la naissance de la démocratie états-unienne, « le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie », comme le soulignait Étienne de La Boétie dans son Discours de la servitude volontaire (1576).

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Dès lors, céder à cette pression serait donner un blanc-seing à une dérive autoritaire que des libéraux (au sens lockien du terme) ne peuvent que condamner. Que l’on soit pour ou contre le vaccin, il n’est pas légitime de vouloir imposer son choix au reste du monde. À ceux qui tentent de nous culpabiliser en dénonçant notre soi-disant « irresponsabilité », nous répondons que le vaccin en question n’a guère été éprouvé et qu’il n’empêche visiblement ni de contracter le variant Delta, ni de le transmettre, comme en témoigne l’exemple israélien. À ceux qui voudraient faire de nous des ennemis de la science, nous répondons qu’il s’agit du premier vaccin ARN de l’Histoire et qu’il n’est point déraisonnable d’hésiter à faire un vaccin qui est en phase de test, dont on ne connaît pas les effets à long terme et qui n’est pas exempt de polémiques au sein même du corps médical. Pour autant, il ne s’agit pas de débattre sur l’opportunité de ce vaccin. Ce qui est grave, c’est la prévalence du collectif sur l’individu et la tyrannie de la majorité que cela trahit.

Allons-nous vraiment abdiquer pour aller au restaurant ?

D’ailleurs, pourquoi devrions-nous présenter un pass sanitaire pour aller au cinéma ou au musée quand nous pourrions nous agglutiner sans contrainte dans les métros et autres supermarchés ? Difficile de saisir cette « logique » ayant pourtant longtemps prévalu ces derniers mois… Mais les voix de la macronie sont impénétrables.

On croyait naïvement que le confinement serait la pire entrave à nos libertés, mais voilà qu’ils nient la propriété du corps, socle des droits individuels. Aussi, après la marginalisation sociale – ostracisme des temps modernes – quelle sera la prochaine étape pour contraindre les dissidents ?

Notre Président fait référence aux Lumières. Mais le XVIIIe siècle n’est autre que celui d’une lutte acharnée pour la liberté de penser. Combien de philosophes embastillés ? Quid du chevalier de la Barre, torturé et brûlé pour ne pas avoir salué une procession de la compagnie du Saint-Sacrement ? Les Lumières désignent un engagement profond. Celui des athées, des impies, de ceux qui osaient critiquer un régime dont ils ne voulaient plus. Et qui risquaient bien plus que leurs simples plaisirs et possessions matériels pour ce faire. Si elle se réfère aux Lumières, l’adresse que nous avons entendue est surtout une belle illustration de l’adage machiavélique « diviser pour mieux régner ». En érigeant les non-vaccinés en boucs émissaires légitimes, celui qui prétend vouloir « protéger notre unité » sème la discorde dans les familles et les couples, entre les amis et les collègues.

Alors allez-vous donner raison à Christophe Castaner, qui estime que « les Français attendaient ce petit coup de pression » ? Comme le soulignait La Boétie, « les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ». Et, « avant de commettre leurs crimes les plus graves, [ils] les font toujours précéder de quelques jolis discours sur le bien public et le soulagement des malheureux ». Ainsi, le 1 % de morts de la covid vient justifier tous vos sacrifices, tous vos renoncements. Imperceptiblement, on s’y fait, parce que l’état d’urgence sanitaire devient banal et la crise permanente.

L’autoritarisme est insidieux. Il s’installe peu à peu, dans l’indifférence. Par égoïsme, lâcheté ou lassitude, nous acceptons bon gré mal gré ce qui nous offusque. On relativise ; on se dit que ce n’est qu’une étape à passer, que les choses iront mieux après. Parfois même, on se dit qu’on a trop à perdre à titre individuel et qu’il vaut mieux laisser les autres protester : autant tirer les bénéfices de l’indignation d’autrui sans risquer soi-même d’être assimilé à un anti-système – particulièrement en ces temps on l’on écope si aisément des mentions « facho », « complotiste », and co. Ce paradoxe d’Olson, bien ancré dans nos sociétés démocratiques contemporaines, amène nombre de citoyens à renoncer à toute mobilisation en dépit de l’intérêt commun qui les lie à ceux qui s’insurgent. Et comme nous sommes toujours plus nombreux à jouer « cavalier seul », l’action collective n’est plus ; nous ne sommes plus que des individus isolés se contentant de râler en présence d’autres individus isolés dont nous ne craignons point le jugement.

Pendant ce temps, l’autoritarisme croît et se consolide. Quand nous réalisons que c’est allé trop loin, que la situation est trop grave, il est trop tard. Tout au long de la nouvelle Matin Brun3, le héros anonyme et son ami Charlie se résignent à aliéner leurs libertés les unes après les autres. Ils se séparent de leur animal de compagnie « non brun » parce que telles sont les recommandations des « scientifiques de l’État national », que la ville distribue « gratuitement des boulettes d’arsenic », et qu’après tout « trop de sensiblerie ne mène pas à grand-chose ». La machine s’emballe. Ça les tracasse, mais, autour d’eux, « les clients du bistrot [continuent] leur vie comme avant ». Ils ont « sûrement tort de [s]’inquiéter »… Puis les anciens propriétaires d’animaux « non bruns » sont arrêtés :

« […] on aurait dû dire non. Résister davantage, mais comment ? Ça va si vite, il y a le boulot, les soucis de tous les jours. Les autres aussi baissent les bras pour être un peu tranquilles, non ? »

On peut vieillir tranquillement en prison. On peut aussi vivre en liberté conditionnelle. Mais voulez-vous être tranquilles ou voulez-vous être libres ? Si la vie l’emporte sur tout, qu’elle est l’alpha et l’oméga de votre morale, soit. Mais si vous croyez, comme Locke, que notre âme et notre corps nous appartiennent de manière inaliénable et que de là découlent nos droits fondamentaux, ne vous contentez pas de vivre. « L’homme qui a le plus vécu n’est pas celui qui a compté le plus d’années, mais celui qui a le plus senti la vie. », écrivait le philosophe Jean-Jacques Rousseau (Émile ou de l’éducation).

Français, nous sommes effectivement les dignes héritiers des Lumières. Alors, s’ils s’obstinent dans cette dynamique liberticide, nous persévérerons dans notre défense des libertés en invoquant ce que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 a consacré sous le terme de « résistance à l’oppression »4.

Nous ne serons pas les cobayes d’une démocratie moribonde.

Nous ne céderons pas.

Victoria Delambre


1. Extrait de l’adresse du 12 juillet 2021 d’Emmanuel Macron.

2. De la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville, tome II, quatrième partie.

3. Courte nouvelle publiée par Franck Pavoloff en 1998 aux Éditions Cheyne, disponible gratuitement en ligne.

4. « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression », article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789.

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