Retrait Barkhane militaires avion Sahel Macron – Pixabay
Auteur de l’article
Expert en stratégie, en communication et logisticien Lean Six Sigma, Sébastien coach des porteurs de projets et des dirigeants. Il promeut une approche globale dans la résolution des problèmes. Convaincu que certains sujets clefs pour la compréhension du monde contemporain n’ont pas assez de résonance médiatique, il s’emploie à les analyser et dénonce la soumission aux réactions émotionnelles. Il co-dirige le cabinet Alliance Consorts.
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Quels sont les enjeux du retrait de l’opération Barkhane au Sahel ?


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En miroir des Américains se retirant d’Afghanistan, le président Emmanuel Macron a annoncé un retrait progressif de l’opération Barkhane menée depuis 2013, d’abord au Mali puis dans toute la région du Sahel. Concrètement, le plan prévoit une diminution de moitié des effectifs présents courant 2022.

L’Opération Barkhane en cours depuis 2014, à l’image de sa grande sœur américaine en Afghanistan, dresse un bilan en demi-teinte. Dans les deux cas, après des années de présence, les armées locales se montrent incapables d’assurer seules la sécurité du territoire. Toutefois, la comparaison souffre des différences importantes : 5 000 soldats français écartelés sur 3 millions de kilomètres carrés contre près de 150 000 troupes américaines déployés sur 650 000 kilomètres carrés.

Que faisait-on au Sahel ?
Pourquoi la France se retire-t-elle ?
Quelles sont les conséquences de ce retrait ?

Le prestige militaire français : de Serval à Barkhane

La guerre civile libyenne se termine en octobre 2011 par la mort de Kadhafi. Les Touaregs, combattants berbères qui s’étaient mis au service du régime, fuient le pays vers le Sud. Ils rejoignent ainsi une partie de leur communauté éparpillée dans la région Saharienne : le Mali et le Niger.

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Quelques mois plus tard, en janvier 2012, ces milliers de combattants viennent nourrir les rangs du mouvement indépendantiste Touareg MNLA qui lance une rébellion au Mali. Profitant de l’élan, plusieurs groupes salafistes se joignent au chaos : Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), Ansar Dine, le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), mais aussi quelques groupes minoritaires venus prêter main forte, comme Boko Haram.

Début 2013, les combattants sécurisent leurs prises sur le Nord du Mali et commencent l’assaut de villes plus centrales. La France entre alors en action et déclenche l’opération Serval : elle achemine hommes et matériel. Les Français repoussent les assauts des insurgés. En l’espace de quelques mois, les mouvements Touaregs et djihadistes sont mis en déroute et le Mali est en partie réunifié.

Face à la défaite, les combattants radicaux se scindent et se reforment pour finir par former deux groupes fédérateurs : d’un côté Al-Mourabitoune, qui intégrera plus tard le plus grand rassemblement salafiste d’Afrique : l’État islamique. De l’autre, le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM) affilié à Al-Qaïda.

La France et ses alliés déclenchent alors l’opération Barkhane. Objectifs : garder le contrôle de la région du Sahel tout en formant les armées locales pour atteindre l’autonomie. Avec ses petits moyens, l’opération doit assurer la sécurité d’une région grande comme l’Europe de l’Ouest : 3 millions de kilomètres carrés.

L’opération Barkhane en carte et en chiffres – Ministère des Armées 2021

Si le dispositif réussit à dénicher et harceler les groupes terroristes, il manque d’envergure pour éliminer pleinement la menace. Un équilibre doit être trouvé. Trop acculés, les djihadistes ont tendance à se séparer pour former des milices indépendantes. L’ennemi, parfaitement identifiable, se transformerait alors en une multitude de milices autonomes et imprévisibles.

Par ailleurs, les armées des gouvernements du Sahel peinent à progresser, en particulier celle du Mali. En cause : le manque de moyens, la particulière dangerosité de la tâche, la corruption et l’instabilité politique (le Mali subit des coups d’État à répétition).

Sept ans après le déclenchement de l’opération Barkhane, les Français décident qu’il est temps de prendre congé.

Le Sahel, lointain et pourtant essentiel

Mais pourquoi la France intervient-elle dans une zone aussi lointaine de ses territoires ? Que protégeait Barkhane ?

Avant tout, l’opération protégeait la population. Les liens historiques de la France avec les pays de l’Afrique francophone expliquent la présence et l’influence du Quai d’Orsay dans les affaires africaines. On dénombre plus de 15 000 ressortissants français qu’il faut protéger, principalement au Mali et au Burkina Faso.

De la même manière, l’opération avait pour objectif la stabilité du territoire. Une prise de pouvoir salafiste (dont les deux tendances principales semblent irréconciliables) instaurerait une instabilité durable dans la région et des mouvements de réfugiés sur un continent entier. La destination représentant la sécurité par excellence étant l’Europe, la pression migratoire se serait largement accentuée.

On peut ajouter à ces objectifs principaux d’autres raisons plus subtiles qui ont pu motiver l’intervention

Les alliés nord-africains ont manifesté leur inquiétude face à une éventuelle prise de pouvoir au Sahel. D’abord parce que les flux migratoires passeraient nécessairement par chez eux, mais surtout parce que l’instabilité politique pourrait les toucher très rapidement. Avoir des voisins inflexibles et doctrinaires n’était pas, pour eux, une perspective réjouissante. Ainsi, depuis l’annonce du retrait progressif de la présence française, l’Algérie envisagerait sérieusement une intervention au Mali.

Enfin, il existe une problématique de ressources. La région est riche de fer, de coton, d’or ; mais surtout d’uranium que l’on trouve en grandes quantités au Niger. Le Français Orano (Areva) est l’exploitant principal de ces gisements à haut rendement, et en sort chaque année plus de 2 000 tonnes d’uranium.

Or, la France est le premier exportateur net d’électricité au monde grâce à ses 58 réacteurs répartis dans 19 centrales. La stabilité du réseau électrique européen dépend de la stabilité de l’approvisionnement en uranium des centrales françaises. Sans compter que 14 des 28 pays européens ont aussi des centrales nucléaires à alimenter.

En 1999, le Parlement français a édicté trois objectifs par rapport à l’énergie nucléaire dont le premier est « la sécurité d’approvisionnement ». Si les points d’extraction en eux-mêmes peuvent être protégés par des entreprises de sécurité privées et n’ont connu que très ponctuellement la présence de militaires français, la stabilité de la région garantissant la validité des contrats et l’accès aux routes d’approvisionnement est vitale. Ces derniers peuvent, seuls, être protégés par un encadrement militaire large.

Partir sans partir : le Sahel, destination privilégiée du tourisme militaire

Dès les premiers jours de l’opération Barkhane, la mission de formation et d’accompagnement des pays du Sahel était un objectif affiché. L’initiative a donné lieu à la création du G5 Sahel : une force combinée du Mali, de la Mauritanie, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad.

Aujourd’hui le G5 souffre du manque de stabilité et de moyens. Les quelque 16 000 soldats passés par les instructeurs européen ne réussissent pas à constituer des corps suffisamment organisés et efficaces pour venir à bout, sans appui occidental, de terroristes deux fois inférieurs en nombre. Ils ne disposent pas de support aérien, de moyens de surveillance et de collecte de renseignements.

Mali et Afghanistan, même destin ?

Alors que Joe Biden se retrouve dans la tourmente pour la tombée de l’Afghanistan aux mains des talibans avant même la fin du retrait américain, Emmanuel Macron craint une situation similaire. Barkhane est une opération coûteuse et enlisée, sans réelle avancée depuis sept ans. Une éventuelle campagne de réélection en 2022 souffrirait d’un retournement de l’opinion sur la présence française au Sahel.

Alors, la France va-t-elle abandonner ses alliés africains, ses ressortissants et ses intérêts en Afrique centrale ? Non, là réside l’astuce. La présence française, réduite mais pas pleinement retirée, sera renforcée par une force européenne : la task force Takuba. Les Italiens, les Anglais, les Suédois, les Estoniens, et les Tchèques sont déjà sur place tandis qu’on attend le déploiement des Danois et des Roumains dans les prochains mois. Interpol sera mis à contribution.

C’est une occasion inédite pour les dirigeants européens de démontrer la puissance de la force conjointe européenne, et de limiter les risques électoraux grâce à un investissement modéré et à la hauteur des moyens de chacun. Le succès ou l’échec de cette opération laissera un précédent dans l’histoire de la coopération internationale et dans la mise en commun des moyens européens.

Pari réussi pour Emmanuel Macron ? Réponse en 2022.

Sébastien Conrado


Sources :

Le drag, divertissement ou outil d’émancipation politique ?

Le drag et la « performativité du genre » Le féminisme, en tant que mouvement militant et intellectuel luttant pour l’amélioration des conditions de vie des femmes et l’extension de leurs droits, a toujours connu des dissensions fondamentales. L’un de ses piliers théoriques est la philosophe Simone de Beauvoir, notamment grâce à…

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