Rencontre entre Vladimir Poutine et Bachar Al-Assad en Russie, pour une visite de travail (2015)
Auteur de l’article
Pascal Boniface est directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et professeur à l’Institut d’études européennes de Paris VIII. Il a écrit une soixantaine d’ouvrages portant sur les relations internationales, la politique étrangère française et la géopolitique du sport. Il vient de publier Requiem pour le monde occidental, aux éditions Eyrolles.
Notre engagement
Journal participatif
Regard critique
Équipe non partisane
Tribune pour toutes les idées
Publicité D360
Publicité AC portrait
NextSee Pub - Keynum - Portrait
Publicité D360
Publicité AC portrait
S’inscrire à notre newsletter

Inscrivez-vous à notre Newsletter pour connaître toutes nos actualités et être tenu au courant de tous nos nouveaux articles.

J’ai bien lu les Conditions Générales d’Utilisation et je les accepte.

Envoyer un article Nous contacter

Reconstruire la Syrie pour permettre le retour des réfugiés ?


Notre engagement
Tribune pour toutes les idées

Les Russes, pas plus que les Occidentaux, ne peuvent imposer leur solution en Syrie

Vladimir Poutine vient de proposer aux Européens de payer la reconstruction de la Syrie afin de permettre aux réfugiés qui ont fui le pays de pouvoir y revenir.

Cette proposition peut apparaître tentante pour les Européens. L’Europe est rentrée dans une profonde crise du fait de l’afflux de réfugiés, notamment Syriens. Les pays de l’Est s’opposent à tout accueil sur fond de propagande ouvertement raciste, l’Allemagne subit la montée en puissance de l’extrême droite, et l’Italie, pays fondateur de l’UE, l’a même vue arriver au pouvoir à partir de thématiques d’hostilité aux réfugiés.

Endiguer le flux voire permettre leur retour permettrait de calmer la crise qui secoue profondément l’UE. Cela soulagerait également la Turquie, qui se sert de l’accueil de 3,5 millions de réfugiés syriens et de leur non entrée dans les pays de l’UE comme moyen de pression sur cette dernière, ainsi que le Liban déjà très fragile. Qui ne peut souhaiter mettre fin à la guerre civile syrienne et au calvaire de sa population ?

Mais la ficelle paraît un peu grosse. Car passer par pertes et profits tout ce qui s’est passé reviendrait à exonérer Bachar El-Assad de tous les crimes qu’il a commis, de sa répression sanglante tout en permettant à la Russie et à l’Iran de continuer de contrôler à peu de frais la Syrie. Car présenter Bachar comme le garant de la souveraineté syrienne est largement une fiction, tellement il est dépendant de ses protecteurs étrangers.

Publicité D360 tel
Publicité AC carré
NextSee Pub - Keynum – Carré
Publicité D360 tel
Publicité AC carré

L’intervention militaire russe à partir de l’automne 2015 a permis à Bachar El-Assad de reconquérir le territoire qu’il avait perdu. Sans le soutien russe et iranien il aurait été renversé depuis longtemps. Mais comme je l’ai déjà indiqué après la reconquête d’Alep les Russes se voient appliquer le principe « you break it, you own it » (« tu l’as cassé, c’est à toi »).

Or la Russie n’a ni les moyens ni la volonté de payer la reconstruction de la Syrie. Bachar El-Assad a gagné son pari en intensifiant la répression tout le temps, et en libérant les islamistes radicaux qu’il avait emprisonnés il a réussi à étouffer l’opposition modérée – qui il est vrai n’a pas beaucoup été aidée et même a été abandonnée par les Occidentaux. Il est resté au pouvoir au prix de la destruction de son pays, de 500 000 morts dont il est responsable pour la majeure partie, et de 12 millions de déplacés.

Certes, personne n’a intérêt à un vide du pouvoir, dont on a vu ce qu’il donnait en Libye et en Irak. Mais la demande de départ de Bachar El-Assad ne peut être comparée avec la situation de ces deux pays. Il est faux de le présenter comme le représentant du Sud luttant contre les puissances occidentales ou Israël qui s’est toujours accommodé de sa présence au pouvoir. Son agressivité verbale s’accompagnait d’une volonté de maintenir un statu quo qu’il savait être incapable de modifier.

Par rapport à Daech, Bachar El-Assad n’est pas un rempart mais un sergent recruteur tellement sa politique sectaire et répressive suscite la douleur et la haine. Bachar doit partir à la suite d’une négociation et non pas d’une intervention militaire extérieure. La Russie comme l’Iran ont les moyens d’imposer cette solution puisque sans eux Bachar n’est plus rien.

Ce n’est qu’à partir de là que les Occidentaux – mais pas eux seuls – pourront accepter de participer à la reconstruction du pays. Pour éviter le vide il s’agit de mêler, comme proposé depuis longtemps, des éléments du régime, mais sans Bachar, et de l’opposition, mais sans les djihadistes. Cela passe par une négociation globale impliquant tous les protagonistes.

Les Occidentaux doivent conditionner la reconstruction, indispensable pour tous, de la Syrie à cette solution. Il ne peut y avoir de solution imposée par une puissance sur la Syrie pas plus par les Américains que par les Russes. C’était une erreur initiale des Occidentaux de vouloir écarter la Russie (et l’Iran) d’un règlement de la question syrienne, c’est une erreur de Moscou de penser pouvoir l’imposer à ses seules conditions. Elle n’est pas plus que les Occidentaux en mesure de la faire.

Pascal Boniface
Son blog : www.pascalboniface.com

Médias

Comment « fabriquer les consentements » ?

Assange ou le silence comme arme médiatique Peu de citoyens ordinaires sont au courant de ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Assange. En France, certes des textes élogieux prenant sa défense sont parus, dont « Pour Assange » de Serge Halimi du Monde diplomatique ou « ‘Le Monde’ soutient Julian Assange comme la…

NextSee Pub - Sight - Portrait
NextSee Pub - Sight - Portrait
Publicité D360 tel
Publicité AC carré
NextSee Pub - Keynum – Carré
Publicité D360 tel
Publicité AC carré